La peur de la récidive du cancer

Pour les patients atteints du cancer, le traitement se termine souvent dans un mélange de sentiments. D’un côté, ils sont généralement heureux de laisser ce processus derrière, alors que de l’autre, ils sont souvent inquiets devant l’idée de visiter moins régulièrement l’oncologue et les infirmières. De plus, le déroulement du traitement engendre de l’espoir voire de la certitude quant à l’efficacité du processus. Après coup, les gens craignent parfois de ne plus en faire assez pour combattre le cancer et craignent son retour.

Certaines études placent la « peur de la récidive du cancer », soit la crainte qu’un cancer revienne ou progresse, au premier ou au deuxième rang des principales inquiétudes en fin de traitement. En effet, cette peur se manifeste chez la grande majorité des personnes ayant reçu un diagnostic de cancer. S’il est impossible d’éviter la crainte et l’incertitude dans une certaine mesure, une peur exacerbée de la récidive peut nous empêcher de fonctionner au quotidien et de profiter de la vie. Selon les recherches, cette peur toucherait de 40 à 70 % des gens de manière significative.

Pourquoi certaines personnes s’inquiètent-elles plus que d’autres?

Les chercheurs ont quelques idées pour expliquer pourquoi le cancer est si difficile à gérer et pourquoi il l’est encore davantage pour certaines personnes. Par exemple, les maladies très effrayantes comme le cancer, qui peuvent aussi paraître aléatoires, difficiles à comprendre et à prévoir, génèrent habituellement une peur élevée. Ainsi, en raison de l’aspect imprévisible du cancer, certains signes ou symptômes corporels sans réelle gravité peuvent engendrer de l’inquiétude.

Les recherches démontrent également une hausse potentielle de cette peur chez les personnes ayant subi davantage de traumatismes, celles exposées à diverses sources de stress et celles souffrant déjà d’anxiété et de dépression. Font aussi partie de cette catégorie, les personnes en bas âge, celles dont le traitement a causé beaucoup d’effets indésirables et celles obtenant peu de soutien (émotionnel, pratique et financier).

Les éléments déclencheurs de la peur

Pour toute personne victime d’un traumatisme comme le cancer, les rappels tels les dates d’anniversaire, les rendez-vous chez les différents médecins, les reportages médiatiques, le diagnostic d’un cancer chez un ami, ou pire encore, la mort d’une personne cancéreuse dans son entourage, sont bien plus troublants en raison de sa propre expérience. Ces événements sont autant de « déclencheurs » qui alimentent l’incertitude devant l’avenir. La rudesse d’une première expérience de cancer amène souvent les gens à se questionner sur leur capacité à affronter la maladie une deuxième fois et surtout à passer à travers des traitements comme la chimiothérapie. Par ailleurs, il est tout naturel de s’inquiéter de sa propre mort et de l’incidence de celle-ci sur ses proches.

La gestion de la peur

Si certains facteurs favorisent la gestion de la peur de la récidive du cancer, d’autres lui nuisent. Parlons d’abord de ces derniers, comme la quête répétitive de réconfort auprès du médecin ou la surveillance excessive de signes de récidive dans l’organisme[1]. Nous faisons parfois ces choses en espérant nous sentir davantage en sécurité ou en cherchant le meilleur déroulement possible. Malheureusement, de tels comportements peuvent avoir l’effet contraire. Nous obtenons du réconfort, mais comme nous devons notamment renouveler ce bref sentiment de bien-être, les montagnes russes émotionnelles nous guettent. En outre, si la surveillance fréquente de notre corps peut apporter une certaine sûreté, elle ne nous laisse aucun répit et place constamment les projecteurs sur nos peurs. Certains d’entre nous tentent aussi d’éviter les éléments qui leur rappellent le cancer, au point même de ne pas se rendre aux examens médicaux prévus à leur agenda. Bien que l’évitement contribue à atténuer la peur à court terme, il tend habituellement à nourrir les inquiétudes soutenues. En fait, en matière de cancer, l’avenir est toujours incertain. Personne ne peut vous assurer qu’il ne refera jamais surface. Ce qui aide le plus, à part le temps, c’est d’apprendre à vivre dans l’incertitude et de gérer la peur lorsqu’elle survient.

Si rien n’arrive totalement à éliminer la peur d’une récidive, un plan de gestion de ses éléments déclencheurs connus peut s’avérer utile. Trouvez ce qui déclenche le plus votre peur. S’il s’agit d’un élément prévisible, comme un rendez-vous ou une date précise, trouvez des moyens de prendre soin de vous pendant la période entourant cette date. Avez-vous besoin d’une semaine moins mouvementée avant cette période, ou préférez-vous être plus occupé? Y a-t-il des personnes ou des activités qui vous réconfortent ou vous aident d’une certaine manière? Par quels moyens réduisez-vous habituellement votre stress ou vos inquiétudes? Prévoyez d’y recourir davantage.

Si l’élément déclencheur est imprévisible, comme recevoir des nouvelles à propos d’une autre personne, écouter un reportage médiatique ou remarquer un symptôme, prévoyez un plan de gestion pour ce genre d’événements. Vous serait-il utile d’avoir quelqu’un à qui parler? D’écrire ce que vous ressentez? Avez-vous un enregistrement d’exercices de respiration ou de méditation à écouter? Si ce n’est pas le cas, un tel enregistrement peut être très pratique; très court, il peut être téléchargé sur un cellulaire, donc à portée de main.

Accordons maintenant une attention toute spéciale à la gestion de vos réactions aux symptômes. Il serait bon d’en discuter avec votre oncologue. Quels symptômes devraient vous inquiéter ou non? En dehors des renseignements spécifiques à votre état et à votre cancer, les symptômes généraux qui apparaissent et disparaissent en quelques jours ou moins, ressemblent à d’autres symptômes rencontrés par le passé et qui ne sont pas aigus, ne sont probablement pas graves. Les symptômes aigus, persistants et totalement différents de ceux que vous avez croisés auparavant méritent une vérification. Certes, ces symptômes ne sont pas nécessairement indicatifs de récidive, mais peuvent tout de même être un signe d’autre chose.

Voici quelques conseils additionnels pour gérer la peur de la récidive du cancer :

  • Même si le cancer vous garde dans l’incertitude, ce n’est pas une excuse pour se négliger. Les gens qui prennent leur santé en main se sentent généralement mieux et ont une confiance accrue en l’avenir. Par exemple, de plus en plus de recherches indiquent qu’une activité physique régulière peut réduire la fréquence de récidive du cancer. Les directives en la matière suggèrent qu’il est bon pour chacun de nous de pratiquer une activité modérée, comme la marche rapide, cent cinquante minutes par semaine.
  • Après un événement traumatisant, il est souvent utile de revoir ses valeurs et ses priorités. Voyez si vous mettez suffisamment d’emphase sur les choses qui ont de l’importance et du sens pour vous.
  • Prenez du temps « personnel », que ce soit pour jouer, profiter de la nature, être en présence des gens importants dans votre vie ou pour faire quoi que ce soit d’autre. De telles activités peuvent vous apporter la paix, la joie et la gratitude.
  • Pratiquez une activité profondément reposante, comme le yoga, le tai-chi, la pleine conscience ou d’autres pratiques méditatives.
  • Embrassez votre côté spirituel. Peut-être avez-vous grandi au sein d’une certaine croyance significative à vos yeux, ou peut-être valorisez-vous d’autres pratiques spirituelles autres que votre religion. Vous reconnecter à vos croyances ou en acquérir des nouvelles peut vous aider à gérer les événements traumatisants comme le cancer, ainsi que votre peur de l’avenir.
  • N’ayez pas peur d’affronter vos peurs. Lorsque nous tentons de les fuir, elles gagnent bien souvent en force. S’ouvrir à la peur permet à celle-ci de trouver une place dans votre vie sans toutefois la dominer. Si vous éprouvez de la difficulté à le faire par vous-même, demandez de l’aide.

Comment savoir si vous avez besoin d’aide supplémentaire?

Pour certaines personnes, il peut être bénéfique de consulter un professionnel en santé mentale afin d’obtenir de l’aide pour gérer la peur de la récidive du cancer. Si vous constatez que votre peur vous empêche de faire des choses que vous aimez ou vous prive trop souvent d’un certain bonheur, envisagez de consulter un conseiller versé dans la gestion de cette peur.

N’oubliez pas : rien n’arrive totalement à éliminer la peur de la récidive du cancer. Elle s’atténuera au fil du temps. Vous pouvez cependant la gérer de sorte à l’empêcher de vous permettre de profiter de la vie!

[1] Bien sûr, le réconfort qui découle d’un rendez-vous de suivi a son utilité, de même que l’attention portée aux symptômes persistants et leur vérification justifiée. Or, aucune de ses solutions à la peur et à l’incertitude n’est permanente.