La théorie de la restauration de l’attention et la gestion du stress

« [Traduction libre] Vivez en plein soleil. Nagez dans la mer. Gorgez-vous d’air pur. »  – Ralph Waldo Emerson

L’été apporte quantité de bienfaits qui collaborent à notre bien-être. L’ambiance est plus calme au travail, des vacances reposantes se profilent à l’horizon, les journées s’allongent, et le soleil est plus souvent au rendez-vous. Quand la réserve d’énergie est au plus bas, ce sont toutes des choses qui font une différence sur notre humeur et qui nous permettent de nous remettre rapidement sur pieds.

Cependant, malgré tous nos efforts pour prendre soin de notre santé tant physique que mentale, rares sont ceux qui passent suffisamment de temps à l’extérieur, et ce, même si de nouvelles études démontrent l’importance de la nature sur notre bien-être. Peu importe l’activité choisit (p. ex., jardiner, passer une journée à la plage, marcher dans les champs ou au parc, ou écouter chanter les oiseaux dans sa cour), s’exposer au grand air semble avoir des effets bénéfiques sur notre santé.

Certains de ces bienfaits sont expliqués dans la « théorie de la restauration de l’attention » (Attention Restoration Therapy ou ART en anglais)[1], selon laquelle passer du temps dans la nature serait non seulement bénéfique pour notre bien-être, mais permettrait aussi de réduire le niveau de stress et d’augmenter notre capacité de concentration. Cette théorie est aujourd’hui confirmée par de nombreuses études.

Ainsi, des chercheurs ont découvert que le simple fait d’avoir quelques espaces verts près de chez soi permettrait de se protéger des effets négatifs du stress et des épreuves de la vie. Une étude[2] démontre d’ailleurs que les gens habitant dans un environnement où le ratio d’espaces verts est élevé ressentent moins les effets du stress dans leur vie et ont le sentiment d’être en meilleure santé mentale que ceux qui habitent dans un environnement avec peu ou sans espaces verts.

Une autre étude[3] auprès de femmes atteintes d’un cancer du sein a démontré que le fait de passer du temps dans un milieu naturel et restaurateur améliore la capacité de concentration, augmente la probabilité d’un retour au travail après les traitements, et améliore la qualité de vie. L’étude a aussi permis de constater qu’un état dépressif s’améliore au fil du temps passé dans un environnement naturel[4].

Les lecteurs qui souhaitent en apprendre plus sur les fondements de la théorie ART sont invités à lire le portrait très intéressant et instructif brossé par Rita Berto[5] sur le sujet. Dans son article, Berto explique comment la nature peut nous aider à restaurer notre concentration, notre état mental et notre condition physique, et ainsi être mieux disposé pour faire face au stress. Comme nous le dit Louv[6] : « [Traduction] Tout au long de son processus évolutif, l’être humain (adulte ou enfant) a développé un profond besoin des grands espaces et de la nature sauvage, au point où s’en priver équivaut à se torturer. »

Les moments passés dans la nature ont-ils tous la même valeur?

Cependant, les moments passés dans la nature n’ont pas tous les mêmes effets restaurateurs. Pour que ces moments soient réellement bénéfiques, l’endroit choisi doit rencontrer quatre caractéristiques précises[7] :

  1. La mise à distance

Tout d’abord, cet endroit doit nous permettre de prendre une certaine distance de nos activités quotidiennes, sans que ce soit de manière consciente ou forcée. Ainsi, nos préoccupations quotidiennes s’évanouiront ou se retrouveront inconsciemment à l’arrière-plan de nos pensées.

  1. La fascination

La notion de fascination exprime le fait que nos préoccupations s’évanouissent au contact de cet environnement, et que ce dernier occupe toute notre attention, sans que nous ayons à forcer les choses. Cette fascination nous offre l’occasion de vivre le moment présent pleinement. Dans un tel moment, l’essence même de la nature nous subjugue et nous inspire. Tondre votre gazon, vous l’aurez compris, n’est pas dans cette catégorie, étant une activité exigeant que la concentration soit totalement axée sur le résultat, et qu’elle ne génère donc aucune fascination, comme le fait par exemple, un coucher de soleil.

  1. L’étendue

Les endroits les plus restaurateurs se doivent d’être sécuritaires et quelque peu familiers. Ainsi, ces endroits offriront une certaine cohésion qui permettra à l’esprit de se relâcher complètement et d’errer naturellement dans la nature.

  1. La compatibilité

Afin de maximiser l’effet restaurateur sur notre esprit, nous devons choisir des endroits qui nous plaisent et où nous aimons être. L’endroit doit s’harmoniser avec nos désirs et nos envies. Si la motivation est extrinsèque (quelqu’un d’autre désire nous y amener, mais nous n’en avons pas envie), il est peu probable que nous y soyons apaisés.

 Combien de temps faut-il passer à l’extérieur?

La revue Scientific Reports a récemment publié une étude[8] sur le temps devant être passé au grand air pour améliorer le bien-être. Les chercheurs ayant participé à cette vaste étude ont conclu que les gens qui y passent plus de 120 minutes par semaine sont beaucoup plus susceptibles d’être en bonne santé physique et psychologique que ceux qui ne passent aucun temps à l’extérieur ou qui y consacrent moins de deux heures. Plus de 20 000 personnes ont pris part à cette étude, dont les résultats étaient similaires indépendamment du sexe, de l’âge, du revenu, de l’origine ethnique ou de la profession des participants. Des résultats positifs ont aussi été notés chez les participants souffrant d’un handicap ou d’une maladie chronique. Enfin, les résultats indiquent qu’il importe peu que les deux heures soient écoulées en une seule occasion ou en différents moments au cours d’une semaine.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Les professionnels de la santé pourraient très bientôt recommander des sorties dans la nature, tout comme ils le font déjà pour l’activité physique. D’ici là, pourquoi ne pas prendre un moment pour analyser le temps que votre famille et vous passez au grand air? Si vous constatez que ce temps n’est pas suffisant, profitez de l’été pour adopter de nouvelles habitudes. Il se pourrait que celles-ci perdurent tout au long de l’année. Cela dit, lors des grands froids, méditer en vous concentrant sur des images représentant la nature vous procurera des résultats équivalents. Comme le dit Thoreau : « [Traduction] Il nous faut entretenir l’été, même en plein hiver ».

SOURCE :

[1] Kaplan, S. et Kaplan, R. (1982). Cognition and Environment. New York, NY : Praeger.

[2] Van den Berg, A. E., Maas, J., Verheij, R. A. et Groenewegen, P. P. (2010). Green space as a buffer between stressful life events and health. Social science & medicine70(8), pages 1203-1210.

[3] Cimprich B. (1993). Development of an intervention to restore attention in cancer patients. Cancer Nursing, 16, pages 83-92; Cimprich, B. et Ronis, D. L. (2003). An environmental intervention to restore attention in women with newly diagnosed breast cancer. Cancer nursing26(4), pages 284-292.

[4] Martinsen, E. W. (2009). Therapeutic horticulture in clinical depression: A prospective study. Research and theory for nursing practice23(4), p. 312.

[5] Berto, R. (2014). The role of nature in coping with psycho-physiological stress: a literature review on restorativeness. Behavioral sciences4(4), pages 394-409. https://www.mdpi.com/2076-328X/4/4/394.

[6] Louv, R. (2008). Last child in the woods: Saving our children from nature-deficit disorder. Algonquin Books.

[7] Kaplan, R. et Kaplan, S. (1989). The experience of nature: A psychological perspective. CUP Archive.

[8] White, M. P., Alcock, I., Grellier, J., Wheeler, B. W., Hartig, T., Warber, S. L., … et Fleming, L. E. (2019). Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing. Scientific reports9(1), p. 7730.